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Le secret de Brokeback Mountain
Déposé le 23/01/2006 Film
Tristan et Iseult chez les cow-boys 
Jack Twist et Ennis del Mar, deux cow-boys au coeur tendre, s’aimaient d’amour fou. Mais la loi du coeur se plie à l’ordre du monde, l’un et l’autre se marient, et chacun meurt à petit feu dans un couple sans amour. Seuls éclairs de bonheur : leurs retrouvailles clandestines. La majesté grandiose des montagnes du Wyoming pour les étreintes de la passion, le décor sordide des banlieues sans âme pour l’enfer des couples hétéros. Il n’y a pas d’amour heureux, on connaît la chanson. Pourtant, tout s’arrange aujourd’hui : Roméo et Juliette vivent en concubinage avec la bénédiction des Capulet. Pour sauver le mythe de l’amour impossible, Ang Lee a la bonne idée de le transposer chez les homos. Encore est-il contraint de dater son histoire en 1963, en un temps où le péché de sodomie était souvent puni de mort au pays des puritains. Il est vrai que de nos jours Jack et Ennis se pacseraient, on n’en ferait plus une histoire. L’amour se nourrit des interdits qui l’exilent dans la chimère, et meurt du réel qui l’englue dans la routine. L’imaginaire homo serait-il le dernier refuge des passions fatales ? L’amour gay est notre dernier romantisme.
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L'Enfant
Déposé le 16/11/2005 Film
In extremis 
Bruno, le roi de la resquille, vit dans la dèche et survit dans la combine. Bruno aime Sonia qui aime Bruno. Mais Sonia aime aussi Jimmy, l’enfant qui vient de naître. Pour Sonia, Jimmy est leur fils ; pour Bruno, il n’est qu’une petite chose qu’on prend, qu’on dépose, qu’on transporte, pas un être, simplement une chose. Tout se vend, rien ne compte : pour trente deniers, ou un peu plus, Bruno vend Jimmy, le père vend le fils. Mais Sonia souffre à en mourir et Bruno ne le supporte pas : il reprend l’enfant et le rend à la mère. Sonia retrouve Jimmy mais Bruno perd Sonia. Sans Sonia, Bruno n’est plus que l’ombre de lui-même et, coffré par les flics, se retrouve à l’ombre. Alors se produit le miracle : Sonia revient, elle lui fait cette grâce, et Bruno pleure des larmes de baptême, larmes de joie, comme le débordement d’un Jourdain intime qui prend sa source dans le cœur. L’enfant, le nouveau-né, c’est désormais Bruno lui-même, qui revit dans l’amour, se découvre père et prend souci de son fils. Tout un film illuminé par l’effusion de la dernière minute, comme une vie transfigurée par le miracle d’un instant, par le don du pardon. Un fabuleux instant de cinéma.
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A History of Violence
Déposé le 08/11/2005 Film
Superdupont 
On crie au chef d’oeuvre méconnu à Cannes : Cronenberg, dit-on, arracherait à la normalité son masque et découvrirait le tueur qui sommeille en chacun de nous. Mais le film lui-même est plus ambigu encore que ne l’est son héros : ce père de famille n’est pas monsieur tout-le-monde, mais un superman qui massacre, désarmé, cinq truands commandités pour lui faire la peau. Flatteuse projection de nos médiocrités ordinaires sur le justicier surhumain. La caméra joue sur la proximité oppressante d’un mal quasi biblique, sur la transfiguration par le sang rituel, sur la purification dans l’eau baptismale. Le héros, comme George W. Bush, est un «born again», converti au Bien par la traversée du Mal. Le jeu des acteurs est américanissime, intériorisé et physique jusqu’à la caricature : le visage est le symptôme des transmutations qui tourmentent les crânes, on agit dans la transe du réflexe, on s’accouple avec des halètements de bête aux abois, et le spasme perpétuel se substitue à la peine de penser. Qu’on se rassure : l’empire du Mal terrassé, on revient au sweet home ; bien sûr, la famille est un peu secouée, mais la fifille ajoute un couvert pour le père prodigue, et tout rentre dans l’ordre. Beaucoup de bruit pour rien.
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J'ai vu tuer ben barka
Déposé le 08/11/2005 Film
La mort d’un juste 
Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka, l’un des ouvriers de la première heure pour l’indépendance du Maroc, est enlevé en plein Paris, devant la brasserie Lipp, avec la complicité des services secrets, les "barbouzes" de l’Etat gaullien. Il sera torturé à mort, dans une villa de la banlieue parisienne, par le chef de la police secrète du Maroc, le général Oufkir. Serge Le Péron choisit la fiction, plus concentrée qu’un documentaire toujours dispersé entre témoignages et archives, pour rappeler cette tache de sang sur les ors de la monarchie gaullienne. Centré sur la figure d’un petit malfrat sans envergure, Georges Figon, monomaniaque de la manipulation manipulé lui-même, nous revivons les étapes de la machination, les ruses des acteurs, les naïvetés des comparses. Dans le style des films noirs des années 60, une évocation digne et forte de l’infamie de la République et de l’héroïsme d’un militant.
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